Des nudistes avec ou sans téléphones ?

Le naturisme évoque souvent une forme de déconnexion volontaire. Il renvoie au retour au corps, à la nature et à une vie plus simple. Une vie éloignée des contraintes sociales et de l’omniprésence des écrans. Dans l’imaginaire collectif, les espaces naturistes apparaissent comme des lieux de rupture avec le quotidien connecté. Pourtant, les données de mobilité recueillies sur plusieurs grands centres naturistes français en 2024 racontent une réalité plus contrastée.

À partir de l’analyse de trois sites majeurs en Gironde — Euronat, CHM Montalivet et La Jenny — cette étude explore les comportements de fréquentation. Elle analyse aussi les rythmes d’occupation des campings et des plages. Enfin, elle s’intéresse à la présence des téléphones portables dans des espaces pourtant associés à la déconnexion.

Contrairement aux statistiques touristiques classiques, les données sont généralement produites à l’échelle des communes ou des régions. Ici, les données de mobilité permettent une lecture beaucoup plus fine des usages. Elles offrent la possibilité d’observer les dynamiques internes des sites naturistes. On peut ainsi distinguer les plages des campings, analyser les temporalités de fréquentation et identifier les profils géographiques des visiteurs.

L’analyse repose sur les données CitiProfile France 2024. Elles proviennent d’un panel représentant environ un tiers de la population française équipée d’un téléphone mobile. Appliquées aux trois sites étudiés sur la période estivale, de mi-juin à mi-septembre 2024, ces données permettent de suivre plusieurs milliers de visiteurs français. Les signaux anonymisés de leurs téléphones portables rendent cette observation possible. Ce volume de données offre une vision inédite des pratiques de mobilité dans les espaces naturistes.

Derrière une question en apparence anecdotique — les nudistes gardent-ils leur téléphone avec eux ? — se dessine une interrogation plus large. Elle concerne notre rapport contemporain à la déconnexion. Peut-on réellement se couper du numérique, même dans des lieux pensés comme des espaces de liberté et de retour à soi ?

Nudistes avec téléphones

Auteur : Citiprofile / Source : Chat GPT

1. Délimiter les espaces d’étude : entre nature et organisation touristique

Afin de garantir la comparabilité des analyses entre les différents sites, chaque domaine a été découpé en deux espaces distincts. Il s’agit de la zone de camping naturiste et de la zone de plage naturiste. Les secteurs textiles, ou situés en dehors des périmètres strictement naturistes, ont été exclus. Cela permet de limiter les biais et d’éviter toute contamination des données par des visiteurs extérieurs aux espaces étudiés. Ce travail de délimitation offre une lecture très fine de la fréquentation. La précision spatiale atteint quelques mètres seulement.

Les trois sites retenus — Euronat, CHM Montalivet et La Jenny — ont été sélectionnés pour leur importance dans le naturisme en Gironde. Ils se distinguent aussi par leur proximité géographique. Ils présentent enfin des configurations spatiales similaires, avec des espaces touristiques regroupés dans un même périmètre. Cette homogénéité facilite la comparaison des différents modèles d’organisation du naturisme en France.

2. Des sites différents dans leur structure de fréquentation

L’analyse de la répartition des visiteurs uniques (IDs) sur la saison estivale 2024 met en évidence des profils de fréquentation contrastés selon les sites étudiés. Les campings d’Euronat et du CHM Montalivet concentrent l’essentiel des signaux mesurés sur les espaces d’hébergement. Ils apparaissent comme de véritables villages naturistes intégrés. Une grande partie des activités et des mobilités reste concentrée à l’intérieur du domaine résidentiel. À l’inverse, La Jenny présente une fréquentation plus équilibrée entre camping et plage. Cela suggère une relation plus directe entre les espaces d’hébergement et le littoral.

À l’échelle globale, les espaces de camping concentrent une part majoritaire des signaux détectés par CitiProfile. Cela confirme le rôle central des zones d’hébergement dans la fréquentation des sites naturistes. Les plages restent néanmoins des espaces de forte attractivité en journée. Cela est particulièrement visible à La Jenny, où leur fréquentation atteint un niveau comparable à celui du camping. La présence de signaux significatifs sur les plages naturistes montre un point important. Les visiteurs conservent majoritairement leur téléphone portable lors de leurs déplacements et activités balnéaires estivales. Cela confirme la pertinence de la donnée CitiProfile pour analyser les dynamiques de fréquentation sur ce type de territoire.

3. Les téléphones suivent-ils les visiteurs entre campings et plages au fil de la journée ?

Les données horaires mettent en évidence une structure de fréquentation relativement stable entre les différents sites étudiés. Les signaux observés dans les campings restent présents tout au long de la journée. La fréquentation est plus marquée durant la matinée. Elle diminue légèrement dans l’après-midi.

À l’inverse, les plages connaissent une hausse progressive de la fréquentation au cours de la journée. Elles atteignent leur maximum entre le début et le milieu de l’après-midi.

Cette complémentarité entre les deux espaces suggère un déplacement des visiteurs depuis les zones d’hébergement vers les plages au fil de la journée. Le maintien des signaux CitiProfile sur les espaces littoraux indique un point important. Les visiteurs conservent leurs téléphones lors de leurs déplacements vers la plage.

Dans ce contexte, la donnée CitiProfile apparaît particulièrement pertinente pour analyser les dynamiques de fréquentation des sites naturistes. Elle permet aussi de suivre finement les temporalités d’usage entre espaces de camping et espaces balnéaires.

4. D’où viennent les nudistes français estivaux présents en Gironde ?

L’analyse des origines géographiques — menée uniquement sur les visiteurs français résidant en France — montre que ces sites naturistes reposent avant tout sur une clientèle locale et départementale, avec près des deux tiers des visiteurs provenant de Gironde. La part des visiteurs issus des autres départements de la région reste relativement limitée. Les visiteurs venant d’autres régions françaises représentent quant à eux environ un tiers de la fréquentation, dont près d’un sur dix originaire d’Île-de-France, principale région émettrice. Malgré cet ancrage local marqué, l’ensemble des sites conserve un pouvoir d’attraction dépassant largement leur bassin de proximité, confirmant leur rôle de destinations touristiques à l’échelle nationale.

L’analyse des types de logement et des revenus moyens des visiteurs permet de constater que les trois quarts des visiteurs vivent dans des logements individuels et possèdent en moyenne entre 2200 et 2400 euros de revenus mensuels.

5. Quels sont les principaux lieux de concentration des visiteurs au CHM Montalivet ?

Afin d’observer plus finement les dynamiques de fréquentation internes aux sites naturistes, un zoom cartographique a été réalisé sur l’ensemble camping–plage du CHM Montalivet durant l’été 2024. La répartition des géosignaux permet d’identifier les principaux espaces de présence et de circulation des visiteurs au sein du domaine.

Plusieurs zones de forte concentration apparaissent nettement. Les signaux se regroupent notamment autour de l’entrée principale du camping, du centre commercial et des principaux axes de circulation internes. Les accès vers les plages naturistes constituent également des espaces de forte intensité, traduisant les déplacements quotidiens entre hébergement et littoral.

Sur la façade balnéaire, le cœur de plage concentre lui aussi une densité importante de signaux mobiles durant la période estivale. Cette présence confirme que les visiteurs conservent largement leur téléphone portable lors des activités de plage. Enfin, les données révèlent une diffusion plus large des signaux dans différentes zones résidentielles du camping. Ces concentrations plus dispersées correspondent aux espaces d’hébergement répartis à l’intérieur du domaine naturiste.

Une déconnexion corporelle, mais pas numérique

Les données de mobilité 2024 mettent en évidence un paradoxe clair. Les espaces naturistes ne constituent pas des zones de rupture avec le numérique. Ils apparaissent plutôt comme des environnements de transformation des usages.

Le smartphone ne disparaît pas dans ces lieux. Il reste présent de manière diffuse et continue. Il est intégré aux pratiques quotidiennes des visiteurs.

Dans les campings et plages naturistes étudiés, les signaux de présence mobile confirment un point important. Les visiteurs conservent leur téléphone sur eux. Cela concerne a priori majoritairement des nudistes dans ces espaces dédiés.

L’objet ne semble pas être mis de côté malgré le contexte. Cela confirme son rôle central dans les comportements contemporains. Ce constat vaut même dans des environnements supposés plus “déconnectés”.

Cette omniprésence du téléphone n’est pas anodine : elle en fait un outil essentiel, à la fois pour la sécurité, la communication sociale, la gestion logistique des déplacements et l’enregistrement de souvenirs. Le smartphone s’impose ainsi comme un prolongement fonctionnel du quotidien, y compris dans des espaces où le corps est pourtant davantage libéré des contraintes matérielles habituelles.

Au-delà des seuls sites observés, même un échantillon limité de campings et de plages naturistes en Gironde permet d’éclairer des dynamiques plus larges. Il montre que ces comportements ne sont pas isolés, mais s’inscrivent dans une tendance générale de continuité numérique, où les usages s’adaptent aux contextes sans disparaître.

Ainsi, loin d’une véritable déconnexion, ces espaces révèlent une forme d’hyperconnexion discrète : le numérique ne s’efface pas, il se rend plus invisible. Cette observation invite à repenser la notion même de déconnexion touristique, qui apparaît moins comme une rupture que comme une recomposition des usages numériques dans tous les types d’espaces.

À votre service pour analyser la démographie et les flux de visiteurs sur vos territoires !

Esprit Gibassier
Technicien d’études, Citiprofile

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