Analyse de territoire · Villefranche-de-Conflent (66)
168 hectares,
lus au pas de 25 mètres
169 801 géosignaux. 5 263 identifiants anonymisés. 2 683 mailles de 25 mètres. Voici ce que l'on apprend d'une cité fortifiée quand on cesse de la compter à l'entrée. Et pourquoi ni les données opérateur, ni les éco-compteurs, ni les enquêtes terrain ne produisent la même image.
Répartition des géosignaux sur les 24 heures Pic 15 h · 10,7 % · 18 244 géosignaux
Villefranche-de-Conflent tient dans un mouchoir de poche. Une enceinte Vauban, un fort perché, une gare terminus, une nationale qui longe la Têt. Les compteurs de billetterie savent combien de personnes franchissent une porte payante. Ils ignorent tout le reste. D'où viennent ces personnes, combien de temps elles restent, si elles reviendront. C'est cet espace que remplit une analyse par géosignaux.
Le dispositifCe qui a été observé, et comment
L'étude découpe le territoire en 2 683 mailles carrées de 25 mètres de côté. La surface analysée atteint donc 167,7 hectares, soit 1,68 km². L'emprise n'est pas rectangulaire : la grille épouse un contour arrondi autour de la cité. Ce contour s'inscrit dans un rectangle de 1,7 km sur 1,6 km.
Chaque maille reçoit son propre bilan. Nombre d'individus distincts, nombre de géosignaux, mode de déplacement dominant, origine résidentielle des passants, répartition par jour de semaine.
Cadre de l'étude
- Territoire
- Villefranche-de-Conflent et abords (Pyrénées-Orientales) — 42,5886 N / 2,3678 E
- Maille
- Grille régulière de 25 m · 2 683 cellules, soit 167,7 ha · 1 522 cellules porteuses d'au moins un signal
- Période
- Du 01/01/2025 au 31/12/2025. Le détail mensuel disponible porte sur 2025
- Volumétrie
- 5 263 identifiants uniques anonymisés · 169 801 géosignaux
- Amplitude
- Lundi au dimanche, 00h00–23h59, tous modes de transport
- Source
- Traces GPS consenties issues de plus de 5 000 applications mobiles, croisées avec les bases démographiques officielles françaises
Deux précisions comptent pour la lecture qui suit.
D'abord, il s'agit d'un échantillon. Les volumes bruts ne sont pas des comptages exhaustifs. Ils se lisent en structure : en parts, en rapports, en contrastes entre mailles. Jamais en effectifs absolus.
Ensuite, la notion de « visiteur non local » exclut ici le département étudié. Elle isole 1 663 individus venus d'une autre région ou d'un autre pays. Les analyses de durée, de nuitée et de fréquence reposent sur eux seuls.
Occupation de l'espaceSix hectares sur cent soixante-huit
Le premier enseignement est un enseignement de concentration. Cent mailles captent 59,5 % de la présence mesurée. Ces cent mailles représentent 3,7 % des 2 683 mailles analysées, soit 6,25 hectares sur 167,7. Il en faut 200 pour atteindre 81,4 %, soit 12,5 hectares. À l'inverse, 1 161 mailles n'enregistrent aucun signal sur la période étudiée.
Ce chiffre a une conséquence opérationnelle directe. La pression de fréquentation ne se gère pas à l'échelle de la commune. Elle se gère à celle de quelques dizaines de mailles. La carte ci-dessous permet de basculer entre les couches — intensité, mode de transport, origine des visiteurs, jour de semaine — sur la même grille.
La lecture par mode de déplacement révèle deux territoires superposés. Ils ne se recouvrent presque jamais. 703 mailles sont à plus de 70 % véhiculées, 319 à plus de 70 % piétonnes. Aucune maille n'appartient aux deux catégories. La nationale et l'enceinte ne partagent donc pas le même sol.
AccèsDeux portes font 73 % des entrées
Un cordon virtuel a été posé sur les douze segments par lesquels on peut pénétrer dans le périmètre. Le résultat est très déséquilibré. Le segment nord-est longe la RN116 vers Prades et Perpignan. Il concentre à lui seul 49,7 % des entrées et 48,2 % des sorties. Le segment sud-ouest en pèse 23,5 %. Les dix autres se partagent le quart restant, aucun ne dépassant 8 %.
Les volumes entrants et sortants sont presque symétriques sur chaque segment. Cette symétrie suggère un fonctionnement en aller-retour plutôt qu'en traversée. Elle ne le démontre pas. Des volumes identiques aux deux sens d'une porte peuvent concerner des personnes différentes. Seul le croisement porte d'entrée × porte de sortie, individu par individu, trancherait.
Usage du solCe qui se passe une fois la porte franchie
Le module piéton reconstitue 3 433 trajets à pied, portés par 496 individus, pour 426,5 km cumulés. La statistique la plus parlante est la plus courte. Chaque trajet dure 2,7 minutes en moyenne et couvre 120 mètres. Le déplacement piéton se fait donc par segments très brefs. Ce profil est cohérent avec une visite de cité close, contrainte par des remparts.
Les durées de présence vont dans le même sens. Chez les 1 663 visiteurs non locaux, la durée moyenne atteint 2,5 heures. Mais la médiane tombe à 6 minutes. 63,5 % des visites durent moins d'une heure. Un tel écart signale deux populations distinctes sur le même périmètre.
La brièveté de ces passages est compatible avec du transit routier. Elle ne le prouve pas à elle seule : vingt minutes de présence peuvent aussi correspondre à un arrêt bref ou à une détection partielle en périphérie. Trancher exigerait de croiser durée, mode et zones traversées.
Les visites de 1 à 6 heures représentent 28,2 % du total. Ce sont elles qui sont le plus compatibles avec un comportement de visite du site.
La journée type se referme aussi vite qu'elle s'ouvre. Le creux nocturne descend à 0,3 % à 3 heures. La montée s'amorce à 7 heures. Le plateau tient de 11 à 17 heures. Le maximum de présence se situe à 15 heures, avec 10,7 % des géosignaux.
Les arrivées culminent plus tôt. 11 heures concentre 11,1 % des débuts de visite. Ces deux pics mesurent des choses différentes : l'un compte les entrées, l'autre les personnes présentes. Leur décalage ne donne donc pas une durée de séjour. Il montre que la fréquentation s'accumule progressivement jusqu'au milieu de l'après-midi.
ProvenanceUn socle départemental, une pointe catalane
4 597 visiteurs ont pu être rattachés à un pays de résidence, répartis sur 29 pays. La France en représente 90,8 %. Parmi les 425 visiteurs étrangers, l'Espagne pèse à elle seule 50,8 %, avec Barcelone, Manresa et Gérone en tête. Suivent la Belgique (12,7 %), les Pays-Bas (11,5 %), l'Allemagne (7,3 %) et le Royaume-Uni (5,9 %).
Côté français, le socle est départemental. Viennent d'abord Perpignan (4,7 %), puis Pézilla-la-Rivière, Prades, Baho, Argelès-sur-Mer et Canet-en-Roussillon. Narbonne et Béziers suivent. Barcelone apparaît au 11ᵉ rang des communes d'origine, devant Montpellier.
Une nuance de lecture s'impose ici. Les parts par pays portent sur des individus. Les parts par échelle géographique portent sur des géosignaux. Sur cette seconde base, 39,6 % des passages viennent de résidents du département et 48,2 % de personnes hors région. Les deux séries ne se contredisent pas : elles ne comptent simplement pas la même chose.
La fréquence de visite éclaire le modèle économique. 55,4 % des visiteurs non locaux ne viennent qu'une fois. 35,5 % reviennent deux à trois fois, 1,2 % dix fois ou plus. La moyenne s'établit à 2,03 visites par personne, avec 13,2 jours entre deux venues.
Les nuitées sont rares. 5,6 % des visites seulement s'accompagnent d'au moins une nuit dans le périmètre, pour 1,52 nuit en moyenne. La visite apparaît donc excursionniste à l'échelle de ce périmètre. Attention toutefois : celui-ci ne couvre que 168 hectares. Un visiteur qui dort à Vernet-les-Bains ou à Prades est ici comptabilisé sans nuitée. Ces données ne permettent pas, à elles seules, d'exclure des nuitées réalisées dans les communes voisines.
Saisonnalité62 jours d'été font 39 % de l'année
Juillet et août — 62 jours, 17 % du calendrier — concentrent 39,0 % des visites et 42,2 % des nuitées. Les ailes de saison (mai-juin, septembre-octobre, 122 jours) en portent 36,2 %, et les 181 jours de novembre à avril seulement 24,9 %. Au pas mensuel, juillet culmine à 14,5 % de l'année et décembre plancher à 3,8 %.
ComparaisonCe que les autres capteurs ne peuvent pas voir
Chacune des technologies habituellement mobilisées par un gestionnaire répond bien à une question précise — et se tait sur toutes les autres. Le tableau ci-dessous n'oppose pas les outils : il situe la zone aveugle de chacun.
Données d'opérateur télécom
donneDes volumes robustes, quasi exhaustifs, et la nationalité des visiteurs par le roaming.
ne donne pasLa finesse spatiale. En vallée de montagne, une antenne couvre plusieurs kilomètres. Impossible d'y distinguer l'enceinte fortifiée du fort perché. Impossible aussi de séparer la rue commerçante de la route qui la longe. Les seuils d'anonymisation, souvent 30 à 50 individus par maille, éliminent toute lecture à 25 mètres. Le mode est enfin inféré de la vitesse, pas de la géométrie : piéton et véhicule à l'arrêt se confondent.
apportIci, 100 mailles de 625 m² portent 59,5 % de la présence. La maille télécom ne peut pas isoler un tel objet.
Compteurs physiques (éco-compteurs, tourniquets, billetterie)
donneLe comptage le plus exact qui soit, en un point, avec une fiabilité de l'ordre du pourcent.
ne donne pasTout le reste : aucune origine, aucune durée de présence sur l'ensemble du site, aucun chaînage entre deux points. Un compteur ne dit pas si les 500 personnes de la porte A sont les mêmes que les 480 de la porte B. Il ne mesure que là où il est posé, et n'a rien à dire du passé antérieur à son installation.
apportLe chaînage individuel anonymisé, de la porte d'entrée à la porte de sortie. Et quatre ans de profondeur rétrospective, sans aucun matériel déployé.
Enquêtes de terrain
donneLe motif, la satisfaction, la dépense, l'intention — tout ce qui relève du déclaratif et qu'aucune trace ne contient.
ne donne pasLa continuité. Une enquête échantillonne quelques journées, à un endroit, souvent en haute saison, avec un biais d'acceptation et de mémoire. Reconstituer un profil horaire de 24 heures × 7 jours × 12 mois par questionnaire est hors de portée budgétaire.
apportLe croisement continu jour × heure sur l'année entière. Il révèle par exemple que le samedi est le jour le plus creux. Aucune enquête de week-end n'aurait produit ce résultat.
Imagerie satellite et drone
donneL'état du sol, l'emprise bâtie, le taux d'occupation d'un parking à un instant donné, l'érosion d'un sentier.
ne donne pasLa persistance d'identité. Une image ne relie pas deux instants : pas de durée, pas de fréquence de retour, pas d'origine. Elle dépend de la météo et de l'heure de passage, ne voit rien sous les arbres, rien sous les remparts, rien la nuit.
apportLa dimension temporelle et biographique : 55,4 % de primo-visiteurs, 13,2 jours de délai moyen entre deux venues, 5,6 % de visites avec nuitée.
Données GPS de flottes de véhicules
donneDes temps de parcours et des charges routières fiables sur le réseau viaire.
ne donne pasLe piéton, et donc l'essentiel de la visite. Une flotte s'arrête au parking. Elle ignore aussi les modes non routiers. La signature ferroviaire de 7,1 %, celle du Train jaune, lui est totalement invisible. C'est pourtant ici un mode d'accès structurant.
apport3 433 trajets piétons reconstitués à l'intérieur de l'enceinte, et la séparation nette entre 703 mailles routières et 319 mailles piétonnes.
Cette lecture n'ajoute donc pas « plus de données ». Elle pose quatre questions sur un même individu anonymisé, et sur une même grille de 25 mètres. Par où ? Par quel mode ? Venu d'où ? Pendant combien de temps ? Les autres dispositifs traitent ces questions séparément. Ici, leurs réponses se croisent.
| Question du gestionnaire | Meilleur outil concurrent | Ce que la grille 25 m ajoute |
|---|---|---|
| Combien exactement ? | Compteur physique | Rien — le compteur reste la référence en volume absolu |
| Où précisément ? | Aucun | 6,25 ha sur 167,7 portent 59,5 % de la présence |
| Par quel mode ? | Comptage routier | Piéton / véhicule / rail / mobilité douce, maille par maille |
| Venu d'où ? | Enquête (échantillon) | Commune de résidence, en continu, 29 pays |
| Combien de temps ? | Aucun | Médiane 6 min, moyenne 2,5 h, 5,6 % avec nuitée dans le périmètre |
| Revient-il ? | Aucun | 2,03 visites/personne, 13,2 j entre deux venues |
| Quel profil ? | Enquête déclarative | Revenu médian de la commune de résidence : 2 059 € |
PrécautionsLes limites qu'il faut assumer
La robustesse d'une telle analyse tient autant à ce qu'elle refuse de dire qu'à ce qu'elle affirme. Trois réserves doivent accompagner toute restitution :
Le volume de l'échantillon n'est pas stable dans le temps. Il dépend du nombre d'applications partenaires actives, des mises à jour de systèmes d'exploitation qui modifient les autorisations en arrière-plan, et des contrats entre fournisseurs. Une baisse de 30 % entre septembre et octobre peut traduire la fin de saison. Ou la perte d'une application partenaire. Ou les deux, dans des proportions impossibles à démêler. Les évolutions mensuelles et hebdomadaires se lisent comme des tendances, jamais comme des mesures. C'est pourquoi l'analyse privilégie systématiquement les parts (%) aux volumes bruts.
Le revenu est un proxy résidentiel. Les quartiles présentés sont agrégés à la commune de résidence. Médiane 2 059 €, moyenne 2 217 €. Ces chiffres décrivent le profil des territoires d'origine. Jamais un revenu individuel.
Observer n'est pas expliquer. Ces données disent où, quand, par quel mode et depuis quelle commune. Elles ne portent pas le motif du déplacement. Toute lecture des causes — circuit organisé, transit, motif professionnel — relève de l'hypothèse. Elle demande une enquête de terrain ou un croisement supplémentaire pour être établie. Le présent article signale systématiquement ce passage.
Les faibles effectifs ne se pourcentent pas. Sur ce périmètre, la population strictement locale n'atteint que 93 individus identifiés. Le tableau de bord retire lui-même la courbe correspondante, plutôt que d'afficher un pourcentage sans robustesse. Le même principe vaut pour toute maille isolée portant quelques dizaines de signaux.
ApplicationsSix décisions que ces données permettent d'instruire
- Dimensionner l'accueil sur le bon créneau. Les arrivées culminent à 11 heures, la présence à 15 heures. L'effectif d'accueil gagne à se caler sur la fenêtre 11 h–17 h, plutôt que sur une amplitude d'ouverture uniforme.
- Traiter la porte est en priorité. Un seul segment porte la moitié des entrées : signalétique, stationnement, information et régulation ont un rendement bien supérieur là qu'ailleurs sur le périmètre.
- Protéger les 6,25 hectares critiques. La concentration de la présence identifie précisément les mailles exposées à l'usure du sol et à la saturation. Elle désigne aussi celles où une extension de l'offre resterait sans effet.
- Retenir plus longtemps plutôt qu'attirer davantage. Les visites de moins d'une heure dominent largement. Le gisement se situe donc du côté de la durée de présence, pas du volume de passage.
- Cibler le second cercle catalan. L'Espagne représente la moitié de la clientèle étrangère. Barcelone devance même Montpellier au classement des communes d'origine. L'effort de promotion transfrontalière repose donc sur un fait mesuré.
- Documenter l'accès ferroviaire. La signature ferroviaire atteint 7,1 %. Elle quantifie l'apport du Train jaune à la fréquentation du site. C'est un argument chiffré pour les arbitrages sur la desserte.
Aucune de ces six décisions ne se déduit d'un compteur seul. Ni d'une photographie aérienne, ni d'un fichier d'antennes. Toutes se déduisent de la même grille de 25 mètres, lue durant la période étudiée.
Méthodologie complète — CitiProfile traite des données démographiques issues des bases officielles françaises et des mouvements humains issus de traces GPS consenties provenant de plus de 5 000 applications mobiles. Les identifiants sont anonymisés. L'outil est conçu comme un instrument de recherche et d'aide à la décision. Lorsque l'échantillon est trop limité au regard de la temporalité et de la surface étudiées, les rapports portent la mention n/a.
Étude : Fonds cartographiques : OpenStreetMap, CartoDB, Esri.
