Article de France 3 Pays de la Loire, rédigé par Klervi Dalibot, 23/05/2026
On les oppose souvent, comme deux sœurs « rivales ». D’un côté, la capitale bretonne, Rennes, de l’autre, la cité des Ducs, Nantes. Semblables en de nombreux points, avec une forte identité ancrée à l’ouest, les deux métropoles séduisent travailleurs, familles et acteurs socio-économiques bien au-delà des « frontières » de leur territoire. Alors, à ce jeu, qui gagne ? Allons voir ce que disent les données !
L’attractivité des pôles urbains n’est plus à prouver : Rennes comme Nantes comptent chaque année de nouveaux habitants. Mais qu’en est-il réellement de leur aire d’influence ?
Citiprofile, une plateforme « deeptech », un terme utilisé pour les entreprises de technologie de rupture, spécialisée dans l’étude de données démographiques, s’est intéressée à la capacité d’attraction des métropoles de Rennes et Nantes sur leur bassin respectif.
Frontières administratives VS aires d’influence
Le découpage des régions acté en 2014 a longuement fait débat. Il nourrit encore aujourd’hui des interrogations comme l’illustre la récente proposition de loi visant à faire sortir l’Alsace de la région Grand-Est.
Ce découpage traduit-il les véritables aires d’influences des grandes métropoles ?
C’est ce qu’a voulu savoir l’équipe de Citiprofile, s’inspirant d’une démarche engagée par des chercheurs français en 2017. L’équipe de recherche avait alors cartographié 26 systèmes urbains de proximité.
Traditionnellement, l’aire d’attraction d’une ville correspond aux zones dont les habitants dépendent d’un pôle urbain pour travailler. Mais la récente étude publiée par Citiprofile s’appuie, elle, sur des données de déplacements réels (GPS anonymisés) pour mesurer concrètement l’influence des deux métropoles.
On observe donc tous les déplacements, pour le travail, mais aussi pour les loisirs, les achats, la santé…
Entre janvier et avril 2024, l’analyse comptabilise près de 510 000 visites à Nantes, contre environ 420 000 à Rennes.
Ces chiffres portent uniquement sur les visiteurs extérieurs aux métropoles. Autrement dit : ils mesurent leur capacité à attirer au-delà de leur propre bassin de population. Et sur ce critère, Nantes attire davantage.
Nantes, une puissance d’attraction plus large ?
Plusieurs éléments peuvent expliquer cet avantage nantais : une population plus importante dans sa métropole (environ 690 000 habitants contre 480 000 pour Rennes dans les périmètres étudiés), une dynamique démographique forte, parmi les plus élevées en France, une position stratégique avec un axe littoral – pleine terre et un rôle économique structurant à l’échelle des Pays de la Loire.
Historiquement, Nantes s’inscrit également dans un axe majeur entre Paris et le front Atlantique et bénéficie d’un bassin d’influence étendu. Mais Rennes n’est pas distancée pour autant.
La capitale bretonne dispose d’une aire d’attraction plus étendue que celle de Nantes, d’un même dynamisme démographique et d’un positionnement en tant que préfecture bretonne qui lui donne un poids administratif et universitaire important.
Théorie versus réalité
L’étude Citiprofile s’est également attachée à identifier les lignes de frottements réelles entre l’attraction exercée par Nantes et celle exercée par Rennes sur les communes qui les entourent.
Pour cela, les chercheurs ont dessiné des zones en fonction de la distance « à vol d’oiseau » et les ont comparées aux mouvements réels de population.
Sur la première carte des distances à vol d’oiseau : sept communes de plus de 10 000 habitants se trouvaient à des distances comparables des deux métropoles : Vannes, Auray, Lorient, Chateaubriant, Segré-en-Anjou Bleu, Château-Gontier-sur-Mayenne et Sablé-sur-Sarthe.
Cette carte comparée aux données réelles des visites à Nantes et à Rennes (dans les quatre premiers mois de l’année 2024) confirme que la proximité géographique est un facteur d’attractivité : « la ligne de « partage des eaux » entre les deux métropoles suit globalement celle de l’équidistance » indique le rapport qui accompagne l’étude.
Mais quelques nuances sont tout de même révélées.
Des territoires “partagés” entre les deux métropoles
Nantes semble ainsi étendre légèrement son influence au-delà de sa zone théorique. À l’est, les habitants de Château-Gontier-sur-Mayenne et de Châteaubriant se rendent en effet un peu plus souvent dans la cité des Ducs, alors même que ces communes sont géographiquement plus proches de Rennes.
Même constat pour Segré-en-Anjou Bleu, située à mi-chemin entre les deux métropoles mais qui semble davantage tournée vers Nantes. À Sablé-sur-Sarthe, en revanche, l’équilibre apparaît beaucoup plus partagé, malgré une proximité théorique plus favorable à Rennes.
Dans le Morbihan, la géographie reprend davantage ses droits. Vannes paraît ainsi légèrement plus orientée vers Rennes, conformément à sa position géographique. Quelques exceptions ressortent toutefois, notamment autour de Lorient. Les communes d’Hennebont et Lanester, pourtant plus proches de Rennes, entretiennent des liens de fréquentation relativement équilibrés avec les deux métropoles. Les habitants de Lorient, eux, semblent conserver une légère préférence pour Rennes.
Si la tentation est grande de conclure à une gagnante de ce « derby » de l’ouest, l’étude de Citiprofile est plus nuancée. Avec plusieurs millions de visiteurs chaque année, Nantes et Rennes confirment toutes deux leur capacité toujours plus grande à attirer.
Article de France 3 Pays de la Loire, rédigé par Klervi Dalibot, 23/05/2026

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