Est-ce que l’attraction d’un grand centre urbain s’arrête aux frontières administratives du département ou de la région dont il est la capitale ? Alors qu’une proposition de loi visant à sortir l’Alsace de l’actuelle région Grand-Est est en discussions au Parlement, nous avons voulu savoir comment les usages réels dessinent les aires d’influence des métropoles.

Cette démarche s’inspire de celle conduite, en 2017, par une équipe de chercheurs français visant à analyser les systèmes urbains de l’Hexagone en prenant en compte simultanément plusieurs types de relations existant entre les différentes villes du territoire, à partir des données de 2011 – les systèmes urbains français: une approche relationnelle – (1). Ils en avaient tiré une carte des « vingt-six systèmes urbains de proximité » qui maillent le pays.

L’INSEE pour sa part, définit des aires d’attraction des villes et métropoles, la carte ci-dessous présente les résultats à partir des données déclaratives de 2011. Le zonage en aires d’attraction des villes 2020 définit l’étendue de l’influence d’une ville sur les communes environnantes. Une aire est composée d’un pôle, défini à partir de critères de densité de population, de population totale et d’emploi, et d’une couronne, constituée des communes dont au moins 15 % des actifs occupés travaillent dans le pôle

Les données de localisation GPS, qui permettent de suivre de manière anonymisées les flux de déplacements, permettent d’ajouter une dimension nouvelle et complémentaire à cette analyse. Nous nous sommes ainsi intéressés à l’influence comparée des métropoles de Nantes et de Rennes, en étudiant un ensemble de données collectées entre le 1er janvier et le 30 avril 2024, portant sur des déplacements effectués entre 7h et 22h les jours de semaine, et entre 9h et 23h le week-end.

Au total, ces données couvrent plus de 420 000 visites dans la métropole de Rennes et près de 510 000 visites dans la métropole de Nantes au cours de la même période. Une visite est comptabilisée à chaque fois qu’un visiteur est localisé dans la métropole étudiée au cours d’une journée. La durée de visite n’est pas prise en compte, et un même visiteur peut être localisé à plusieurs reprise au cours d’une même journée sans que cela ne soit comptabilisé comme plusieurs visites.

Les périmètres retenus sont ceux des deux EPCI de Nantes Métropole (523 km2, 690 000 habitants) et de Rennes Métropole (681 km2, 480 000 habitants). Seuls les passages de visiteurs résidant en dehors de ces deux périmètres ont été pris en compte dans les analyses.

 

L’un des principaux objectifs consistait à identifier les lignes de frottements réelles entre l’attraction exercée par Nantes et celle exercée par Rennes sur les communes qui les entourent.

Afin de disposer d’une base de comparaison avec les données de mobilité de 2024, nous avons commencé par analyser les aires d’influence « théoriques » des deux métropoles en prenant en compte les distances à vol d’oiseau qui les séparent de leurs communes environnantes. Cela permettait d’emblée de localiser, en dehors de toute autre considération (notamment liée aux temps de déplacement), quelles communes sont beaucoup plus proches de l’une ou l’autre des deux métropoles, lesquelles sont un peu plus proches de l’une ou l’autre, et lesquelles sont à peu près à équidistance.

Nous nous sommes particulièrement intéressés aux communes de plus de 10 000 habitants, dans un rayon d’un peu plus de 100km autour des deux métropoles. Pour faciliter la lisibilité des résultats, nous avons exclu les villes situées en dehors des régions Bretagne et Pays de la Loire.

Sept communes attirent particulièrement l’attention, en raison de leur éloignement relativement comparable à Rennes et à Nantes. Dans le Morbihan, Vannes se trouve ainsi à équidistance des deux métropoles, tandis qu’Auray ou Lorient sont très légèrement plus proches de Rennes. En Loire-Atlantique, la commune de Chateaubriant est l’une des rares à se trouver un peu moins loin de Rennes que de Nantes. Enfin, à l’est, Segré-en-Anjou Bleu (Maine-et-Loire) se trouve à mi-distance tandis que Château-Gontier-sur-Mayenne (Mayenne) et Sablé-sur-Sarthe (Sarthe) sont très légèrement plus proches de Rennes.

 

Les données de déplacement confirment-elles cette segmentation théorique des aires d’influence ? Pour le savoir, nous avons comparé, dans chaque commune d’origine, le pourcentage de visites à Nantes et le pourcentage de visites à Rennes durant les quatre premiers mois de l’année 2024. Cette première analyse permet de constater que la ligne de « partage des eaux » entre les deux métropoles suit globalement celle de l’équidistance.

En se penchant sur les villes de plus de 10 000 habitants, on note toutefois que Nantes vient « grignoter » légèrement l’aire d’influence théorique de Rennes. A l’est, les habitants des communes de Château-Gontier-sur-Mayenne et de Chateaubriant visitent en effet légèrement plus Nantes, alors qu’ils sont plus proches de Rennes en distance. De même, Segré-en-Anjou Bleu tombe a priori dans l’escarcelle de Nantes, bien qu’étant à mi-distance des deux métropoles. Quant à Sablé-sur-Sarthe, son cœur balance, même si à vol d’oiseau elle est plus proche de Rennes.

Dans le Morbihan, la logique de distance semble davantage confirmée par les faits (Vannes se tournant un peu plus vers Rennes bien qu’étant à équidistance des deux métropoles), à l’exception notable des villes de Hennebont et Lanester. Ces deux communes des environs de Lorient sont géographiquement plus proches de Rennes, mais leurs habitants semblent fréquenter autant les deux métropoles (tandis que ceux de Lorient ont une légère préférence pour Rennes).

Pour pouvoir compléter cette analyse portant sur les deux métropoles, nous avons étendu le champ d’application de cette analyse à quatre métropoles régionales (Brest, Rennes, Le Mans et Nantes), pour analyser les origines de leurs visiteurs et représenter graphiquement leurs aires d’influence via un dégradé de couleur, les couleurs plus sombres représentant. Pour cette analyse, nous avons choisi d’utiliser le taux de pénétration (ratio du total des identifiants uniques anonymisés pour chaque commune par rapport à sa population résidente totale, et rapporté à 10 000 habitants)

À votre service pour reproduire ces analyses, et analyser les flux de visiteurs sur vos territoires !

1. Sandrine Berroir, Nadine Cattan, Frédéric Dobruszkes, Marianne Guérois, Fabien Paulus, et al.. Les systèmes urbains français: une approche relationnelle. Cybergeo : Revue européenne de géographie / European journal of geography, 2017.

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