Débat borderline : sous ou surtourisme ?

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Voyageons autrement – Caroline Le Roy

Dans le cadre des limites en débat dans les champs des sciences et du vivant co-organisées par le Quai des Savoirs et la Mission Agrobiosciences-INRAE, s’est déroulé une soirée débat autour de la fréquentation avec comme invités : Pierre Torrente (directeur du campus des métiers et des qualifications du tourisme pyrénéen à l’université de Toulouse et président de Transition des territoires de montagne), Florian Chardon (directeur du syndicat mixte Canigo Grand Site), Steve Hagimont (chercheur spécialiste en histoire environnementale du tourisme) et Charlotte Michel (du bureau d’étude Usages et territoires) et animée par Marina Léonard et Lucie Gillot.

 

Marina Léonard, Lucie Gillot, Florian Chardon, Steve Hagimont, Charlotte Michel et Pierre Torrente (crédit photo MAA INRAE)

Image du territoire

Il a été rappelé à juste titre que malgré ce tourisme bashing, le secteur est synonyme d’accès aux vacances. Avec une actualité géopolitique assez effrayante, le tourisme est une question de vivre ensemble. Même si nous évoluons dans une société individualisée où l’on cherche à être seul (effet Instagram), le touriste, c’est l’étranger, qu’on accueille, cette belle hospitalité.

Après l’industrialisation du secteur qui a amené ses verrues en termes d’aménagements, facteur de destruction des paysages, d’où les enjeux de maintien du cadre de vie.

Au lieu de parler de surtourisme (qui reste très subjectif et lié aux perceptions individuelles), il est davantage question de réorganiser la fréquentation et de trouver un équilibre entre les différentes activités et usages des territoires visités. Cette réorganisation doit être nuancée pour éviter l’exclusion de certains publics empêchés ou des conflits d’usages avec les résidents (foncier, logement, eau, …).

Mesurer pour piloter ?

Question centrale : comment mesurer la perception des usagers, ainsi que les impacts indirects du tourisme (socio-économiques ou environnementaux) ?

Des travaux très intéressants sur la définition d’une capacité de charge touristique identifiant un optimum de fréquentation. La difficulté tient à la mesure du ratio touristique, à savoir quels impacts du tourisme sur les territoires, l’exemple donné reposant sur les pressions exercées sur des espèces endémiques, comment savoir s’il s’agit d’impacts touristiques ou d’une autre activité ?

Sans tomber dans l’emprise du chiffre, il parait nécessaire de révéler l’image à l’instant d’un territoire, d’observer les dérives associées avant d’engager des mesures régulatrices (constats > observations > transformation).

Aussi la finalité tient dans le maintien de : expérience visiteurs + qualité de vie des locaux + santé des écosystèmes naturels.

Plusieurs pistes ont été citées : éviter la saturation des sites et engorgements des routes en diffusant les visiteurs hors « spots » touristiques ou étaler les horaires de visites ou d’accès. Penser, non plus site touristique, mais territoire de destination.

Planification

L’aménagement et la planification sont des éléments cruciaux pour aborder les défis du surtourisme de manière efficace et durable. Cela implique de prendre en compte plusieurs aspects, notamment l’accès spatial et temporel pour les visiteurs, ainsi que la capacité d’accueil des destinations touristiques. Planifier à long terme la gestion des flux touristiques est essentiel pour éviter la saturation des infrastructures et préserver l’authenticité des lieux.

Une approche stratégique consiste à diversifier les activités économiques afin d’éviter la monoculture touristique, qui peut fragiliser les économies locales et les rendre vulnérables aux fluctuations du marché touristique. De plus, une planification inclusive doit intégrer la question de l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap, en rejetant le validisme et en favorisant la participation de tous à la vie touristique.

Enfin, il est important de préparer la cohabitation entre différents types de touristes (masse vs élite), en favorisant le respect mutuel et en évitant la mise sous cloche ou la gentrification des espaces.

Réflexions à venir

Le débat riche de par ses intervenants et animatrices a laissé la place aux échanges avec le public (chaque sujet mériteraient un débat à lui seul !!)

Échelle et mode de concertation et de gouvernance des sites pour maintenir l’équilibre ;
Étalement des saisons comme solution anti-surtourisme soulignant les impacts croissants notamment sur la biodiversité (ex : période de nidification) et le manque d’offres disponibles hors saison ;
Penser territoire global lors de projet d’aménagement : cohérence dans le temps et donner sens au projet ;
Innover grâce à des outils prospectifs pour s’adapter, anticiper et être résilient.

 

Esprit Gibassier

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