Arnaud Trousset est fondateur et président de Citiprofile, une société qui quantifie et qualifie les flux de personnes sur un territoire. « Je suis géographe de formation et j’ai bossé dans des pays émergents, là où la donnée est inexistante. En revenant en France, en mars dernier, je me suis rendu compte qu’il y avait un gisement extraordinaire de données. Celles qui concernent les flux de personnes sont peu exploitées. Je parle de la population dans les villes, l’emplacement des bâtiments, les logements, les rues, les voiries, les commerces, les entreprises… et les déplacements des personnes entre ces lieux. On peut croiser toutes ces données et travailler sur les interactions entre elles, les déplacements de masse entre les villes, les quartiers, les lieux. Nous mélangeons le statique et le dynamique dans un produit unique. »

Arnaud Trousset explique qu’il y a des données très riches en France : 27 millions de bâtiments, 36 millions d’entreprises dans la base Sirene, toutes les données d’urbanisme…
« À côté de ça, il y a aussi les données sur les déplacements individuels qui proviennent des informations anonymisées recueillies sur les smartphones (15 millions de personnes sur le territoire français). Ces données sont vendues massivement par les opérateurs. »

En montrant un ensemble de points sur une carte, Arnaud Trousset explique que la concentration de ces points et leurs déplacements, sur un lieu ou une voirie spécifique, peuvent permettre de définir des typologies de comportement (lieu de résidence, moyens de transport, habitudes calendaires, catégorie de revenus…). « Avec ces études, on peut aider les décideurs publics et les opérateurs d’aménagement pour les interventions sur l’espace public, on peut aider les commerçants ou les chaînes en franchise pour leur positionnement, on peut aider les politiques de logements, etc. »

Cela veut-il dire que Citiprofile peut aider un commerce à s’implanter dans une grande ville ? « Nous permettons de simplifier la prise de décision. Nous pouvons identifier quelles personnes fréquentent quels bâtiments ou quels quartiers. Un commerce qui ouvre et qui ne marche pas, c’est 6 à 9 mois de trésorerie qui partent en fumée, ce sont des impôts qui ne rentrent pas sur la ville, ce sont souvent beaucoup de pertes financières et des salariés au chômage. Tous les grands distributeurs font des études pour implanter leurs magasins, chaque grande marque fait ça dans son coin. Quand on considère les investissements qui ont été faits par ces marques, avec des salariés en interne ou en sous-traitance avec des cabinets externes, on voit que tout le monde fait la même chose dans les mêmes villes. »

La concentration des points sur la carte et leurs déplacements, sur un lieu ou une voirie spécifique, permettent de définir des typologies de comportement.

Le « plus » que propose Citiprofile est de pouvoir utiliser un outil unique, sur la mobilité et sur les données statiques, qui permet, en fonction de la technicité des clients, de leur donner les études dont ils ont besoin. « Nous avons créé un labo qui produit et digère une donnée très qualifiée et nous la diversifions par types d’acteurs. Nous avons commencé sur le Var en 2022, nous nous sommes développés cette année sur toute la région Sud et le plan pour 2024, c’est le territoire national. Nous sommes en recherche de fonds pour assurer ce développement, parce que la donnée de base est toujours très chère à acquérir et à intégrer. »

Il semble que les acteurs publics, collectivités locales ou aménageurs d’État, soient les clients évidents de Citiprofile. « Effectivement. Nous travaillons sur la région Ile-de-France
avec des opérateurs pour déployer de nouvelles lignes de bus. L’enquête sur le terrain qui est traditionnellement menée par ces structures, l’étude origine-destination, tente de définir
les modalités et les raisons des déplacements des usagers. Ce sont des enquêtes qui coûtent entre 100 000 € et 1 M€ et qui sont extrêmement longues à produire, entre 6 et 12 mois. Avec nos méthodes, nous pouvons faire ce genre de choses en quelques jours sur des échantillons massifs. L’agence d’urbanisme et l’agence de mobilité régionale travaillent avec nous. »

Un autre avantage de la démarche de Citiprofile, c’est que les applications de téléphone mobile produisent des données en permanence.
« De ce fait, nous travaillons en temps quasi réel, avec un tout petit décalage sur la réalité, de 3 à 8 jours. »

Olivier Roux, promoteur, directeur général de Searim, fait remarquer depuis la salle que la réutilisation de matériaux pose des problèmes visà-vis des assureurs et que le client
final n’est pas encore prêt à accepter le réemploi de matériaux dans le logement neuf qu’il va acheter. « C’est vrai pour les assureurs, répond Valérie Décot, mais ils sont à l’écoute et ils évoluent assez vite. Il faut souvent recaler les modalités de repose avec le bureau de contrôle. Tout réside dans la préparation du travail en amont. Pour les acheteurs de logements, je reconnais que la culture du réemploi n’est pas encore passée dans le grand public, mais il est possible de travailler sur l’enveloppe du bâti ou sur les communs, dans des endroits où le matériau n’est pas visible. Dans le logement social, nous réutilisons des portes palières, des tableaux électriques… »

Une autre question s’adresse à Arnaud Trousset. Est-ce que son outil permet de faire de la prospective ? « Nous travaillons essentiellement sur des données historiques. Quand il y a un quartier nouveau qui se met en place, par exemple, il n’y a pas d’outils fiables, parce que tous les outils sont théoriques. Nous préférons travailler sur la réalité. La prospective n’est pas notre domaine. »

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