Le géographe Arnaud Trousset a conçu une solution d’analyse des flux issus notamment de données GPS.
CitiProfile s’adresse aux collectivités qui souhaitent mieux gérer et adapter leur territoire, en matière de surtourisme par exemple.
Source. Karen Sarrazin, le : https://www.lefigaro.fr/voyages/ces-villes-ou-les-parisiens-debarquent-en-masse-au-mois-d-aout-20250901
TPBM : Vous avez fondé CitiProfile en 2022 à Toulon. En quoi la solution d’analyse des flux et déplacements de personnes que vous proposez est-elle innovante ?
Arnaud Trousset : L’évaluation se divise en quatre métiers : l’échantillon, via des enquêtes de terrain ou numérique, le redressement et le calibrage, le temps réel grâce à des capteurs physiques, et enfin la modélisation et la prévision.
Chaque source de donnée peut amener une réponse mais une ne remplace pas l’autre. Il faut une combinaison pour répondre à la problématique. Or, quand on veut tout, le coût est élevé. Par ailleurs, le besoin technologique peut rendre tout cela difficile à mettre en place.
Nous nous sommes donc focalisés sur la création d’un outil qui traite l’échantillon pour arriver à faire lire le plus de données et comportements possibles. On parle de quantification comparée et non exhaustive.
Et ensuite vous extrapolez les chiffres ?
Non ce n’est pas de l’extrapolation justement. On parle de temps historique ou de temps quasi réel. Nous achetons des points de géolocalisation qui n’ont pas d’attribut. Et on les complète avec des données issues de l’Insee ou des données ouvertes officielles, comme les bâtiments, la voirie, les zones administratives, naturelles… Nous fournissons une analyse socio-économique des comportements et pouvons répondre à des questions très précises comme : « Que font les gens à pied quand il fait plus de 15°C au Luc-en-Provence ? ».
Nous pouvons créer une étude sur l’impact de la plaisance sur les herbiers de posidonie pour aider au déploiement du ZMEL [Zone de mouillage et d’équipements légers, NDLR]. C’est le cas actuellement avec la Métropole Toulon Provence Méditerranée. Ils disposent de plein de données, de dates et de précisions mais sur un échantillon court et qui n’est pas massif. Notre technologie permet d’être le plus précis possible pour aider ensuite au déploiement rapide.
En quoi l’analyse des flux, des profils ou encore des destinations peut s’adapter à la gestion d’une problématique comme le surtourisme ?
Tout le monde veut des chiffres fiables pour deux raisons. Elles peuvent être politico-économiques afin, par exemple, de valider ou légitimer des crédits ; ou pour des questions d’aménagement du territoire, de réduction des impacts. Cette partie « impact » représente 50 % de notre chiffre d’affaires car elle est dans l’ère du temps. A chaque fois, c’est une question de définition des besoins d’un territoire, de déterminer la façon dont il est consommé.
Concernant le surtourisme, des études ont montré qu’il ne concerne, en majorité, « que » des spots géographiques précis et quelques week-ends par an. Des sites, comme La Grande Motte, peuvent s’adapter. D’autres non, à l’image de ces endroits mis en lumière par des influenceurs et qui attirent d’un coup beaucoup de monde.
Grâce à nos analyses et à la connaissance des flux de personnes, les parcs naturels peuvent par exemple déterminer la pertinence de certains équipements publics : où installer les toilettes, quels circuits mettre en place, les infrastructures nécessaires pour développer ou à l’inverse limiter, voire interdire l’accès à un lieu… S’ils savent que la présence humaine est repérée sur 3 % du territoire, sur le reste ils vont limiter les investissements. L’objectif est d’améliorer l’expérience des visiteurs mais aussi de protéger l’environnement naturel.

Qui sont vos principaux clients ?
Ce sont soit des collectivités soit des cabinets d’études qui intègrent ensuite nos études. Nous sommes surtout une brique : soit on récupère des données déjà existantes soit nous produisons une partie de l’équation ensuite traitée par le cabinet.
Nous venons souvent en amont des projets de terrain car nous permettons d’améliorer le ciblage des enquêtes ou de compléter les questions sans réponse. En effet, qui répond aux enquêtes de terrain ? Des personnes qui ont du temps, qui parlent français… Si bien que l’échantillon est biaisé. Nous sommes plus larges et généralistes.
Si on en revient au tourisme, quel accent met-on sur ce tempo spécifique ? Une enquête de terrain est réalisée plusieurs fois par an, elle est très lourde à monter (trois à douze mois) et on a la réponse de ce qui se passe en temps réel que trop tard. Alors que quand on travaille sur l’historique, on voit ce qui est définitif en matière de non déclaratif.
Avec Olivier Thomine, chercheur issu du CEA et du CNRS, nous avons réalisé une quinzaine de missions depuis notre création, principalement en France (Côte d’Opale, Sud-Ouest, Sud-Est…) et nous allons nous lancer au Maroc avec un partenaire français.
